Paul McCartney : Man On The Run…

Dernière mise à jour : août 3

Alors qu'il vient de sortir son troisième album entièrement solo, retour sur les dix années qui ont mené du « McCartney I » de 1970 au « McCartney II » de 1980.



50 ans après, la séparation des Beatles fait toujours couler de l'encre. Les 4 garçons dans le vent avaient réussi le prodige de passer de l'état de chanteurs pour midinettes à groupe d'audacieux explorateurs musicaux, hommes d'affaires visant leur indépendance totale, artistes frayant avec l'avant-garde dans de nombreux domaines techniques, picturaux ou littéraires.


Lorsque Paul McCartney annonce unilatéralement la séparation du groupe, le torchon brûle entre lui et les trois autres. Il voulait confier le management des Beatles à la famille de Linda Eastman, sa femme, des avocats d'affaire américain.


Il ne veut pas du choix des trois autres, le sulfureux Alan Klein qui a fait ses preuves avec les Rolling Stones mais dont Mick Jagger a confié à Paul qu'il fallait le surveiller comme le lait sur le feu !

Klein a déjà réussi à négocier des pourcentages de rémunérations sur les ventes de disques beaucoup plus intéressantes pour les musiciens. Un plus fort appréciable tant les Beatles se sont montrés naïfs et incompétents dans la gestion de leurs dernières aventures : la firme Apple est un gouffre financier, le film « Magical Mystery Tour » est un flop, les sessions de « Let It Be » s'éternisent dans la douleur, les disques solos expérimentaux de John et de George se soldent par des échecs. Seuls « Abbey Road » et le « Rooftop Concert » des sessions de « Let It Be » en compagnie de Billy Preston permettront de retrouver le groupe au top.



La bataille juridique fait rage entre John, George et Ringo d’un côté et Paul de l'autre, qui se voit contraint d'attaquer ses amis en justice pour pouvoir plaider sa position. L'effet est dévastateur dans un premier temps ( certaines chansons de « Imagine » en témoignent comme « How Do You Sleep ? » ) mais salutaire lorsque les Beatles survivants se retrouveront au moment de travailler sur leur « Anthology », en s'apercevant que l'action de Paul leur a permis de rester propriétaires de leurs droits qui seraient sinon tombés dans l'escarcelle du cuisinier.


Au milieu de cet imbroglio juridique, Paul décide de partir dans sa ferme isolée en Écosse afin de retrouver une inspiration simple, proche de la nature. Linda et sa fille l'accompagnent. Paul enregistre tout absolument seul à l'exception des chœurs qu'il partage avec Linda.




L'album, sobrement intitulé « McCartney », est l'équivalent bucolique du retour aux sources rock'n'roll des sessions de « Let It Be ». Paul y réutilise deux compositions mises à l'écart du « White Album » des Beatles (« Junk » et « Teddy Boy »).



L'album est tiré par le single « Maybe I'm Amazed », chef d’oeuvre pop qui aurait avantageusement remplacé « Maxwell Silver Hammer » sur « Abbey Road ». Quelques autres ballades acoustiques séduisent par leur simplicité, d'autres morceaux plus aventureux permettent de constater que Paul aime jouer avec les concepts de modernité.


Bref, un album inégal mais terriblement attachant, pour lequel Paul lancera la promotion en annonçant la dissolution des Beatles en premier alors qu'il avait demandé à John de ne pas le faire ! Ou comment verser de l'huile sur le feu !

Ce premier essai solo remporte un immense succès populaire mais les critiques des journaux musicaux ne sont pas tendres avec ce disque qu'ils comparent défavorablement aux premiers efforts de John (« Plastic Ono Band » ) et surtout George Harrison dont le «All Things Must Pass » surprend tout le monde par sa richesse et son audace.

(Un triple album onéreux pour lancer sa carrière solo, voilà qui est osé !) Il semble à l'époque (et encore aujourd'hui) que perso