Paul McCartney : Man On The Run…

Dernière mise à jour : 3 août 2021

Alors qu'il vient de sortir son troisième album entièrement solo, retour sur les dix années qui ont mené du « McCartney I » de 1970 au « McCartney II » de 1980.



50 ans après, la séparation des Beatles fait toujours couler de l'encre. Les 4 garçons dans le vent avaient réussi le prodige de passer de l'état de chanteurs pour midinettes à groupe d'audacieux explorateurs musicaux, hommes d'affaires visant leur indépendance totale, artistes frayant avec l'avant-garde dans de nombreux domaines techniques, picturaux ou littéraires.


Lorsque Paul McCartney annonce unilatéralement la séparation du groupe, le torchon brûle entre lui et les trois autres. Il voulait confier le management des Beatles à la famille de Linda Eastman, sa femme, des avocats d'affaire américain.


Il ne veut pas du choix des trois autres, le sulfureux Alan Klein qui a fait ses preuves avec les Rolling Stones mais dont Mick Jagger a confié à Paul qu'il fallait le surveiller comme le lait sur le feu !

Klein a déjà réussi à négocier des pourcentages de rémunérations sur les ventes de disques beaucoup plus intéressantes pour les musiciens. Un plus fort appréciable tant les Beatles se sont montrés naïfs et incompétents dans la gestion de leurs dernières aventures : la firme Apple est un gouffre financier, le film « Magical Mystery Tour » est un flop, les sessions de « Let It Be » s'éternisent dans la douleur, les disques solos expérimentaux de John et de George se soldent par des échecs. Seuls « Abbey Road » et le « Rooftop Concert » des sessions de « Let It Be » en compagnie de Billy Preston permettront de retrouver le groupe au top.



La bataille juridique fait rage entre John, George et Ringo d’un côté et Paul de l'autre, qui se voit contraint d'attaquer ses amis en justice pour pouvoir plaider sa position. L'effet est dévastateur dans un premier temps ( certaines chansons de « Imagine » en témoignent comme « How Do You Sleep ? » ) mais salutaire lorsque les Beatles survivants se retrouveront au moment de travailler sur leur « Anthology », en s'apercevant que l'action de Paul leur a permis de rester propriétaires de leurs droits qui seraient sinon tombés dans l'escarcelle du cuisinier.


Au milieu de cet imbroglio juridique, Paul décide de partir dans sa ferme isolée en Écosse afin de retrouver une inspiration simple, proche de la nature. Linda et sa fille l'accompagnent. Paul enregistre tout absolument seul à l'exception des chœurs qu'il partage avec Linda.




L'album, sobrement intitulé « McCartney », est l'équivalent bucolique du retour aux sources rock'n'roll des sessions de « Let It Be ». Paul y réutilise deux compositions mises à l'écart du « White Album » des Beatles (« Junk » et « Teddy Boy »).



L'album est tiré par le single « Maybe I'm Amazed », chef d’oeuvre pop qui aurait avantageusement remplacé « Maxwell Silver Hammer » sur « Abbey Road ». Quelques autres ballades acoustiques séduisent par leur simplicité, d'autres morceaux plus aventureux permettent de constater que Paul aime jouer avec les concepts de modernité.


Bref, un album inégal mais terriblement attachant, pour lequel Paul lancera la promotion en annonçant la dissolution des Beatles en premier alors qu'il avait demandé à John de ne pas le faire ! Ou comment verser de l'huile sur le feu !

Ce premier essai solo remporte un immense succès populaire mais les critiques des journaux musicaux ne sont pas tendres avec ce disque qu'ils comparent défavorablement aux premiers efforts de John (« Plastic Ono Band » ) et surtout George Harrison dont le «All Things Must Pass » surprend tout le monde par sa richesse et son audace.

(Un triple album onéreux pour lancer sa carrière solo, voilà qui est osé !) Il semble à l'époque (et encore aujourd'hui) que personne ne songe à classer le premier album de Ringo Starr dans la même catégorie …


 

L'association quasi fusionnelle de John et Yoko va ensuite pousser Paul à associer Linda McCartney au crédit de ses disques (même s'il en demeure quasi-exclusivement le compositeur). Cela débute par un 45t, « Another Day », superbe ballade acoustique rehaussée d'une basse ronde et ferme, dont une première version avait été travaillée par les Beatles durant les sessions de « Let It Be ».


Le succès est tel que Paul et Linda partent à New York pour enregistrer la suite avec la crème des musiciens de la Grosse Pomme et se rapprocher des racines de Linda. « Ram » sort en 1971 et demeure à ce jour l'une des plus belles réussites du chanteur.



Pourtant, l'accueil critique est plutôt frisquet à l'époque, les sorties de George Harrison et de John Lennon continuant d'accumuler les louanges alors que McCartney a du mal à convaincre la presse. Et pourtant ! « Ram » est un album remarquable, enchaînant des titres variés sans que jamais la cohérence du disque ne soit remise en cause.


La production est très riche, proche de celle d'Abbey Road, soignée mais jamais mièvre, les parties acoustiques comme les rocks les plus âpres étant traités avec beaucoup de naturel : les guitares sont tranchantes (« Smile Away »), les vocaux bruts (« Monkberry Moon Delight »), les basses vrombissantes, l'orchestre foisonnant (« The Back Seat Of My Car"), les batteries sans artifices (« Too Many People »).


Bien sûr, il n'y a pas ici de tube populaire, même si plusieurs titres sortiront en 45t. Les parties vocales (y compris les chœurs) sont un régal («Uncle Albert/Admiral Halsey », « Ram On », « Long Haired Lady », « Dear Boy »). A l'arrivée, il ne reste plus comme solution à l'auditeur arrivé en fin de face B que de remettre la face A tant cet album addictif nécessite plusieurs écoutes pour seulement commencer à en percevoir toutes les richesses.


La pochette, inspirée des collages et dessins d'enfants, enrobe le tout d'un air de naïveté, comme si Paul, accusé d'être le premier de la classe de son ex-groupe, voulait casser cette image.



Autre aspect étonnant de cet album : bien qu'enregistré a New York, il conserve, dans la continuité de « McCartney I », une couleur bucolique, une atmosphère campagnarde. Qui perdurera sur l'album suivant, « Wild Life ».


Pour l'heure (nous sommes mi-1971), Paul McCartney n'a qu'une envie : reprendre la route pour jouer devant un public les chansons de ses deux albums et quelques singles. Il n'a pas joué sur scène depuis la fin de la tournée 1966 des Beatles (mis a part le Rooftop Concert du film « Let It Be »).
 

Les Beatles avaient mis fin aux tournées car elles se déroulaient dans des conditions affreuses : salles ou stades trop grands pour leurs sonos ridicules, pas de retours, un public qui hurlait en permanence, les empêchant d'entendre le peu qu'ils auraient pu entendre dans ces conditions, sécurité personnelle plus ou moins assurée, vie en autarcie, jusqu'à deux concerts par jour…


Jusqu'à l'épisode philippin où ils avaient frisé l'enlèvement voire le lynchage pour avoir refusé de se rendre a une invitation de Mme Marcos.


John avait été le premier à remonter sur les planches à Toronto en 1969 mais se gardait bien depuis d’arpenter les scènes hors quelques galas de bienfaisance ou de soutien à des causes politiques. George, le plus jeune des quatre et le plus traumatisé par les incidents vécus en tournée, ne recommencerait à fouler les planches que sur la scène du Madison Square Garden pour le Concert For Bangladesh organisé par ses soins en 1972. Quant à Ringo… les plateaux de cinéma et la vie domestique semblaient lui convenir, pour peu qu'un bon bar ne soit pas trop éloigné.



Paul décide donc de remonter un groupe qui lui permettra de sillonner les routes d'Angleterre, dans un premier temps. Sa volonté est de repartir à zéro : la tournée se fera en bus, le groupe sillonnera le pays et s'arrêtera au fil du périple dans des villes moyennes où il cherchera sur place une salle où jouer, généralement dans les universités et les grandes écoles ! Pas de tournée organisée, tout se fera au pied levé et suivant l'inspiration du moment et des possibilités locales. Dans une discrétion relative, étant donné le statut de l'artiste…

 


Paul et Linda s'adjoignent donc Denny Laine (guitare, basse et chant), ancien membre des Moody Blues (période rhythm'n'blues du premier album) et Denny Seiwell (batterie). Les répétitions fonctionnent si bien que le groupe met en boîte un nouvel album, « Wild Life » sous le nom de Wings.



S'ouvrant sur un rock au tempo moyen hurlé à la Little Richard, « Mumbo », le disque continue avec un superbe morceau swing acoustique, « Bip Bop », un de ces morceaux sans queue ni tête dont Paul s'est fait la spécialité, mais qui ne vous lâche plus une fois en tête. Au point qu'il a dû marquer durablement Alain Souchon et Laurent Voulzy dont le « J'ai 10 ans » semble tout droit inspiré de ce morceau.


Après une reprise de « Love Is Strange » qui n'atteint pas le niveau de celle de Gram Parsons et Emmylou Harris à peu près à la même période, « Wild Life » et son tempo hyper-slow (et encore une fois chanté du fond de la gorge) clôt une première face assez brute : les bases de l'album ont été enregistrées en 3 jours et l'on retrouve, après la sophistication new-yorkaise de « Ram » l'esprit bricolé du « McCartney I ».


La Face 2 nous ramène à l'esprit pop et mélodique de Macca. « Some People Never Know » et ses breaks de guitare acoustique, « I Am Your Singer » où la voix de Linda fait merveille et après un petit rappel instrumental de « Bip Bop », un final en beauté avec « Tomorrow », mélodie superbe, tempo moyen entêtant et chœurs efficaces puis « Dear Friend », ballade au piano adressée à John Lennon et qui regrette la fracture de leur amitié sous l'influence du conflit légal qui déchire les Beatles depuis leur séparation.



Le cœur est lourd et la voix est traversée de tristesse. Pour ne pas rester sur cette note, Paul ajoute une petite reprise instrumentale de « Mumbo » qui semble appeler l'auditeur à retourner le disque pour reprendre au début. Le procédé sera repris sur « Band On The Run » deux ans plus tard. Malgré ses évidentes qualités, l'album se fera éreinter par la critique qui n'y voit qu'un joyeux ramassis de chansons bancales.


McCartney vient de sortir trois albums en deux ans et pas un seul ne trouve grâce aux oreilles des journalistes !

Il est temps de reprendre la route pour se changer les idées et se démarquer de ses trois ex-comparses qui, à l'exception de quelques dates sur des festivals ou des concerts caritatifs pour Lennon, se contentent du silence des studios.


La mini-tournée anglaise débute dans des universités où le groupe, augmenté du guitariste Henry McCullough, débarque en début d'après-midi, prend contact avec la direction et les associations d'étudiant, et met sur pied le concert du soir.

Cela ne fonctionne pas à chaque fois, les premières dates se font devant un public ravi mais clairsemé puis… la rumeur enfle et les amphithéâtres se remplissent de plus en plus. Il faut dire aussi que le tarif est particulièrement attractif : entre 50 et 80 pence.


Les Wings ne jouent que des morceaux des trois albums sortis depuis 1970 (voire seulement du premier) et des reprises de vieux rocks : aucun titre des Beatles n'est au programme, malgré les demandes répétées du public chaque soir. Le groupe joue également un nouveau titre sorti en 45t, « Give Ireland Back To The Irish », morceau censuré sans surprise sur la BBC. La tournée improvisée devra s'arrêter au bout d'une vingtaine de dates, l'affluence devenant trop compliquée à gérer. Mais cette expérience aura soudé le groupe et redonné à Paul le goût de la scène qui ne l'a toujours pas quitté 50 ans plus tard.



 

Nous sommes fin février 1972 et le groupe se prépare pour une tournée européenne estivale qui couvrira 9 pays et sera organisée de manière beaucoup plus classique. Seul le véhicule qui les conduira de ville en ville est hors normes : pour coller à l'esprit hippie familial et communautaire, le groupe se déplace dans un autobus à impériale ouverte, peint de fresques psychédéliques où s'entassent les musiciens, les techniciens, les femmes et les enfants. Des matelas sont installés sur la plate-forme où tout ce petit monde prend le soleil ou répète assis en lotus. Discrétion non garantie !



Mécontent de la censure exercée par la BBC, Paul McCartney décide de sortir une chanson précédemment enregistrée pour sa fille, « Mary Had A Litte Lamb », dont le moins que l’on puisse dire, c'est qu'elle ne brille pas par sa qualité (mais la BBC la diffusera…). Elle figurera, ainsi que « Give Ireland Back To The Irish », au programme de cette tournée d’été avec d'autres nouveaux morceaux qui doivent constituer un futur album mi-studio, mi-live. Toujours pas de titres des Beatles lors de ce périple européen qui sera un franc succès, y compris auprès des douanes suédoises qui découvriront quelques substances illicites dans le double-decker.


Le bassiste y trouvera matière à publicité, sans se douter alors que la même mésaventure signera la fin du groupe 8 ans plus tard.

L'album « Red Rose Speedway » sort après la tournée dans une version simple, réduite à la demande d'EMI qui trouvait le projet de départ un peu trop ambitieux et coûteux. McCartney accepte mais conserve la pochette ouvrante sertie d'un livret de photographies et de textes de 12 pages ! Un minimum quand on considère que George Harrison a eu droit à son triple album avec poster pour « All Things Must Pass » (rebelote l'année suivante avec le « Concert For Bangla Desh ») et que John Lennon et Yoko Ono ont eu droit cette même année à un double album mi-studio mi-live (tiens, tiens…) avec « Some Time In New York City ». L'album connaît un joli succès grâce au single « My Love », une ballade somptueuse illuminée d'un solo inspiré de Henry McCullough.



Le reste de l'album est pourtant décevant, enregistré en deux temps avant puis après la tournée : la première session s'est déroulée dans un nuage de fumée qui n'a pas contribué à la qualité de l'enregistrement. La deuxième session a eu lieu après la tournée et si les musiciens étaient « chauds », ils étaient aussi fatigués. Et Denny Laine et Henry McCullough frustrés de voir leurs contributions supprimées du disque au profit de celles de McCartney dans le passage du double album au simple.


Bref, si « Big Barn Bed » ouvre l'album en fanfare sur une première face globalement satisfaisante, la deuxième tient assez mal la route avec un instrumental dispensable et une suite de morceaux enchaînés « à la Abbey Road »... mais la comparaison s'arrête là.



La sortie de l'album avait été précédé d'un 45t qui n'en est pas extrait ! Sur la face A, « Hi Hi Hi », un rock qui surfe sur la vague glam-rock du moment (T. Rex, Slade et The Sweet sont au sommet des hits-parades) mais qui sera une fois de plus censuré par la BBC pour ses sous-entendus liés à la drogue et à la sexualité ! La face B, « C Moon » est un sympathique reggae, là encore une musique qui commence à envahir les ondes outre-Manche. Nul doute que l'inclusion de ce single sur « Red Rose Speedway » aurait contribué à une meilleure reconnaissance de l'album mais Paul McCartney a toujours privilégié la séparation des 45t et des 33t.

Un autre 45t sort également début 1973. Fruit d'une commande pour le nouveau James Bond, il en constitue le générique en lieu et place du célèbre thème de John Barry. Conscient de détenir là le moyen de revenir au premier plan, Paul enregistre le titre avec Wings mais s'adjoint George Martin pour la post-production : il souhaite en effet y renouveler un effet symphonique qui serait aussi impressionnant que celui du titre « A Day In The Life » sur « Sgt Pepper's Lonely Heart Club Band ».



Le résultat demeure l'une des plus belles réussites des deux hommes : la ballade au thème imparable évolue en un maelstrom sonore digne des meilleures scènes d'action du célèbre agent secret avant d'évoluer en un break reggae surprenant et de repartir ensuite vers les sommets orchestraux ! La chanson demeure, 50 ans après, l'un des moments forts des concerts du bassiste.


Le 45t sort sous différentes pochettes suivant les pays, tantôt attribué au seul Paul McCartney, tantôt à Paul McCartney and Wings, tantôt aux seuls Wings. Il connaît le succès à travers le monder entier, surexposé qu'il est par le film. Mais « Red Rose Speedway » ne bénéficiera pas de l'effet Bond, bien au contraire, et les dents commencent à grincer au sein du groupe.

 

La situation va se tendre un peu plus alors que le groupe entame les répétitions de l'album suivant en Ecosse. Henry McCullough entre en conflit avec Paul au sujet de ses contributions non retenues. Il finit par claquer la porte.


Pour changer d'air, Paul décide d'aller enregistrer l'album « ailleurs » et demande à EMI de lui fournir une liste des studios affiliés à la marque dans le monde. Au vu de la liste, il se décide pour Lagos, au Nigéria. Mais au moment de partir, le batteur Denny Seiwell renonce et le groupe part sous la forme d'un trio.


Lagos est une ville foisonnante, tropicale, au climat humide. L'armée règne en maître sur le pays et son économie phagocytée par la caste dirigeante autour de la manne pétrolière et gazière. La majorité de la population ne profite pas de cette manne et survit dans des conditions difficiles.


Un homme, un musicien, s'est élevé contre cette dictature : Fela Anikulapo Kuti a fusionné la musique africaine, le jazz et la funk, inventant avec son batteur Tony Allen l'afrobeat.

Dans ses albums constitués d'un morceau par face, il fustige le pouvoir en place. Dans son quartier de Lagos transformé en camp retranché où il règne en chef de guerre au milieu d'une famille très étendue (la polygamie y est la règle), il organise un contre-pouvoir qui en fait l'ennemi public numéro 1 pour l'armée nigériane.


La ville où débarque Paul, Linda, Denny Laine et l'ingénieur du son Geoff Emerick est loin d'être la carte postale d'une Afrique de tour operator. Peu importe se dit le bassiste, on est là pour travailler ! Le problème, c'est que le studio EMI de Lagos n'est pas non plus à la hauteur des espoirs du groupe : matériel en mauvais état ou souffrant de l'humidité ambiante, coupures d'électricité, problèmes de voltage, d'ampérage, de câblage… les ennuis se multiplient.


Paul et Linda se font braquer dans la rue, tombent malades, mais, bon an mal an, le travail avance. Jusqu'au jour où Fela publie une interview où il les accusent de piller la musique africaine et leur enjoint de retourner en Angleterre.

Le sang de Paul ne fait qu'un tour : il invite Fela à venir écouter les rushes de l'album. L'atmosphère entre les deux hommes est électrique mais finalement, Fela reconnaît que l'ex-Beatles n'est venu que pour enregistrer des chansons pop. Il l'invite même à se rendre dans son club où il joue avec son groupe pratiquement chaque soir jusqu'au bout de la nuit.



Les nuages semblent dissipés mais la tension demeure et Paul finira par décider de rentrer à Londres pour finir d'enregistrer l'album. Ginger Baker, ancien batteur de Cream et de Blind Faith, ami de Fela, qui possède un studio à Lagos se montre aussi quelque peu entreprenant et finit par obtenir que le groupe enregistre certaines percussions du titre « Picasso's Last Words » dans son antre.


Bref, le retour à Londres est vécu comme un soulagement et les sessions aux AIR studios de George Martin avancent rapidement. Tony Visconti, producteur de Bowie, est invité a venir faire les arrangements orchestraux de « Band On The Run » et « 1985 », ce dont il s'acquitte avec brio.



Les deux morceaux encadrent l'album et agissent comme une sorte de « Helter Skelter » : une fois le somptueux final de « 1985 » arrivé à son terme, le refrain de « Band On The Run » ressurgit dans le fade out et incite l'auditeur à remettre la Face 1 du vinyle, qui s'ouvre justement sur la chanson-titre. Un morceau évolutif comme les aime McCartney, construit en trois parties qui s'enchaînent avec fluidité. Le morceau suivant, « Jet », est l'un de ces rocks dont le bassiste a le secret, immédiatement évident, puissant et qui demeure l'un de ses morceaux de bravoure en concert.


A noter qu'après « Martha, My Dear » sur le double album blanc des Beatles, c'est le deuxième morceau dont le titre est inspiré par le nom d'un de ses chiens ! « Bluebird » suit et si le titre donnerait à penser qu'il s'agit d'un clin d'oeil au « Blackbird » de 1968, il n'en est rien.


Cette ballade, ponctuée d'un très beau solo de saxophone, constitue un moment de respiration après le deux premiers morceaux très denses. Et ce qui frappe l'auditeur, c'est la qualité des chœurs, particulièrement mis en avant sur cette entame d'album : la prise de son réalisée par Geoff Emerick sur les voix est impressionnante et s'il s'est arraché les cheveux à Lagos, il semble avoir fait un travail de titan par la suite. « Mrs Vandebilt » est propulsé par une ligne de basse sautillante en intro avant que le morceau ne sombre un peu dans la facilité. Enfin, la première face se termine par « Let Me Roll It », un de ces slow-rocks sur lesquels Paul aime s'arracher la voix sur un riff lourd. Pas inouï, mais un chouchou du public en concert depuis lors.


La Face 2 commence plutôt en retrait : « Mamounia » est une gentille ballade sans grand intérêt. Suivie d'une composition partagée avec Denny Laine, « No Words », qui se laisse gentiment écouter (mais sans plus).


Vient ensuite un joli tour de force : « Picasso's Last Words » fut écrite par Paul en hommage au peintre récemment décédé. La genèse de la chanson est assez étonnante : lors d'une soirée, Dustin Hoffman mit Paul au défi d'écrire une chanson à partir du premier article de journal qu'il lui montrerait.


Saisissant un journal, il le lui montra et le titre de la future chanson s'étalait sur la une. Nul doute que si l'inspiration vint rapidement ce soir-là, le résultat final n'a rien d'un premier jet. En effet, Paul développa autour du thème de la chanson l'idée d'une forme de cubisme appliquée à la musique : le morceau devient au bout de deux minutes une sorte de carambolage d'extraits d'émissions de radio, de breaks instrumentaux, de bribes d'autres morceaux de l'album jaillissant de nulle part, le tout fonctionnant comme une sorte de toile sonore composite.



Un hommage brillant ! Qui s'enchaine avec un superbe riff de piano annonçant « 1985 », déjà évoqué plus haut, rock quasi symphonique qui termine l'album dans un maelstrom sonore digne de « Live And Let Die ».


Encore une fois, Paul tient à sertir l'album dans une pochette élaborée où le nom du groupe n'apparaît toujours pas ! Il confie la tâche à Hipgnosis, le studio qui réalise les pochettes de Pink Floyd, entre autres. L'idée est de travailler sur le concept du titre : « un groupe en cavale » ! Une séance photographique en studio est mise sur pied qui voit le groupe et quelques amis en costumes de toile noire (façon prisonniers), pris dans le faisceau d'un projecteur de mirador alors qu'ils se font la belle.


Parmi les amis figurent quelques célébrités dont l'acteur James Coburn, le fameux Christopher Lee (spécialiste entre autres des rôles de Dracula), un champion de boxe, John Conteh, un présentateur TV, Michael Parkinson, un descendant de Sigmund Freud et un chanteur, Kenny Lynch (le premier à avoir repris un titre de Lennon-McCartney dès le début de 1963). Le verso de la pochette fit aussi l'objet d'un soin particulier avec une superbe mise en scène des aventures africaines du groupe à travers un simili-rapport de détective.



L'album sortit en Décembre 1973 et connut immédiatement un énorme succès populaire et critique. Pour la première fois depuis la séparation des Beatles, Paul McCartney réussissait à mettre tout le monde d'accord. Les Wings, même réduits à trois, semblaient enfin devoir prendre leur envol, d'autant qu'exceptionnellement, deux 45t allaient être extraits de l'album (et même un troisième en France avec « Mrs Vandebilt ») et connaitre un immense succès des deux côtés de l'Atlantique : « Jet » et le morceau-titre. Les Etats-Unis succombaient à la Wingsmania, il restait juste à Paul à se réconcilier avec son passé.


La deuxième partie de la chronique spéciale Sir Paul McCartney est à découvrir prochainement, alors n'hésitez pas à nous laisser un commentaire, stay tuned & keep spinning ! François Major Dude.

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