Top sorties vinyles pour un bel été 2021

L'année 2021 approche de son mitan et il est temps de partager avec vous quelques uns des coups de cœur de ce début d'année qui tient des promesses que l'on espérait pas forcement aussi diverses : il semble que le confinement, sorte de repli sur soi artistique, ait fait naître des idées musicales plus personnelles, plus audacieuses chez beaucoup.


Le cadre physique restreint était une contrainte qui a poussé certains à « ouvrir » le cadre artistique. Le résultat est une richesse musicale plus large, dans tous les domaines.


Pop :


Brisa Roché/Fred Fortuny ont proposé un album étonnant, où la chanteuse frotte ses cordes vocales élevées au cabaret aux compositions folk-rock de son comparse. Le résultat est enthousiasmant, donnant à entendre un album aux teintes jazz, folk, lorgnant parfois vers Tom Waits ou Rickie Lee Jones des débuts mais assimilant également des influences plus modernes de l'Americana actuelle. Et les mélodies superbement écrites se sifflotent aisément avant de rester scotchées dans votre mémoire.


The Shame, groupe anglais apparu il y a deux ans, signe un retour tonitruant : leur énergie punk ne se dépare jamais d'influences pop qui vous font reprendre en chœur leurs refrains avec l'assurance d'un supporter de foot à Old Trafford un samedi après-midi ! Sauf qu'ici, les rythmes sont parfois piégeux…


Dry Cleaning, irlandais de l'étape, sont des nouveaux-venus qui semblent avoir biberonné au meilleur du post-punk : Gang of Four, Killing Joke et consorts. Chant intense, lignes de basse tendues, guitares tranchantes, ils allient énergie et fébrilité dans un mix imparable.




Tindersticks doivent en être à leur quinzième album mais le ravissement est toujours présent. Leur pop brumeuse, entre fog et nuages de cigarettes, s'étale sur de longues compositions dans lesquelles la voix de baryton de Stuart Staples ensorcelle l'auditeur. L'album culmine avec une reprise de Neil Young, « A Man Needs A Maid », ballade lancinante que le chanteur anglais installé dans la Creuse fait miroiter comme les étangs de son pays d'adoption.


Mogwai, fer de lance depuis vingt ans du mouvement post-rock, réalise l'un de ses tous meilleurs albums avec ce millésime 2021. Si la « recette » du groupe est toujours là (lentes montées instrumentales débouchant sur des murs du son qui piègent l'auditeur dans un labyrinthe sonore), Mogwai réussit à travailler la matière sonore musicale et parfois vocale avec des finesses d'arrangements qui renouvellent leur musique.



Piers Faccini propose un nouvel album qui fait encore la part belle aux rencontres musicales dont l'anglo-italien est spécialiste. Musiciens gnawas marocains, chanteurs et musiciens invités a créer avec lui un folk nouveau qui jetterait les bases d'une nouvelle musique universelle, le tout en toute simplicité.


Arab Strap revient après 16 ans d'absence et son folk habité ravit tant il est somptueusement écrit, magnifiquement chanté, sur des mélodies qui empruntent aussi aux Smiths ou aux Apartments (dont le disque « A Life Full Of Farewells » vient de ressortir en vinyle). Un album de folk pop qui crée un pont entre générations.



Jay Jay Johanson continue de creuser ce sillon unique débuté avec l'album « Whisky » il y a près de 25 ans : une pop brumeuse, teintée d'influences jazz (on pense à Chet Baker) et easy listening (Francis Lai, Michel Legrand), baignée d'une touche d'électro-trip-hop et surmontée d'une voix lancinante dessinant des mélodies entêtantes qui sonnent souvent comme des classiques 50’s ou 60’s en mode XXIème siècle.


Jazz :


Sylvain Daniel, bassiste, convoque une pléthore de musiciens de jazz mais également un quatuor à cordes pour tisser un album où il panse les plaies d'un drame personnel sur une thématique inspirée de Victor Hugo. Point d'auto-apitoiement ici, seulement une musique superbement écrite qui vient ponctuer l'état d'esprit d'un homme prêt à reprendre le nouveau cours de sa vie, au son riche, varié et recueilli.


Charles Lloyd a promené son saxophone sur une bonne part du jazz du dernier quart du siècle dernier avec une force tranquille et une inventivité rares. Depuis les années 2000, d'abord chez ECM et maintenant chez Blue Note, sa musique a gagné en dépouillement et en intensité. L'adjonction du guitariste Bill Frisell sur les deux derniers albums apportent une touche americana qui sied parfaitement aux compositions. Un album idéal pour la route.


« Sleeper Train » est le titre d'un projet de Francois Chesnel (piano), Yoann Loustalot (trompette), Frédéric Chiffoleau (contrebasse) et Fred Pasqua (batterie) : les quatre hommes signent un road trip ferroviaire qui les voit reprendre des thèmes de musiques traditionnelles du monde entier dans des arrangements jazz d'une grande musicalité. Le quartet se glisse entre les mélodies au point de se les approprier sereinement.


Edward Perraud, batteur aux nombreuses expériences, signe avec son nouvel album un superbe travail sur la matière sonore, entre piano et percussions. Des plages faussement apaisées qui bruissent de mille finesses rythmiques pour créer des ambiances aériennes. La musique a beau être par moments exigeante, elle coule naturellement à l'oreille de l'auditeur, comme sur cet extrait où figure Erik Truffaz à la trompette..


Michel Portal, 85 ans, possède toujours un souffle exceptionnel et cette capacité à réinventer à chaque album son art du saxophone. Lui qui a joué Mozart, enregistré à Minneapolis pour se rapprocher de Prince, intégré les musiques africaines dès ses premiers albums à la fin des années 60, sublimé le tango de Piazzolla en compagnie de Richard Galliano, nous offre ici un disque où le jazz français gagne encore un classique instantané.


Français :


Bertrand Belin reprend des extraits de ses derniers albums en compagnie d'un groupe de cinq percussionnistes. Le résultat est absolument bluffant tant l'univers particulier du chanteur (entre Henri Michaux et dadaïsme) s'accommode des résonances des vibraphones, des claquements des peaux, des douceurs des lames. Sa guitare y trouve un pendant rythmique, sa voix un écho mélodique. Un régal !


Arman Melies, loin des feux de la rampe, continue de creuser un sillon singulier. Son inspiration rock l'amène cette fois-ci à explorer le mythe de Laurel Canyon, cette gorge à l'écart de Los Angeles où s’établirent à partir de 1967 les musiciens et les écrivains de la scène hippie et folk.

Arman ne cède pas pour autant à la babacoolerie et au patchoulis : ses chansons restent tendues, rock et décrivent avec un mélange de tendresse et de lucidité un mode de vie voué à l'enfermement. Alain Bashung le tenait en haute estime, cet album, digne des meilleures galettes de notre alsacien , lui donne encore raison.


Mustang a toujours navigué dans des eaux particulières, alliant force du rock et textes sans concessions, jetant un regard lucide et critique sur notre société. Le trio auvergnat offre une musique dont l'urgence est pleine d'une retenue dont seuls les montagnards sont capables, habitués à se méfier du moindre compromis. Ici, leur propos devient plus sombre, comme si le poids d'un parcours singulier nourrissait leur plume. L'album est tout en tensions, sans jamais que l'auditeur n'y ressente un malaise, le rock étant ici finement ciselé, entre acoustique des grands espaces et électrique des cités.


Mesparrow signe un nouvel album qui la voit s'approcher de l'idiome chanson, elle qui avait offert un premier album aux teintes plus électro. Cette évolution sied parfaitement à sa voix qui a gagné en assurance. Les compositions créent un nouveau champ musical et émotionnel, quelque part entre la musicalité d'une Kate Bush et l'intensité d'une Lisa Gerrard.


Lo Jo est un étrange vaisseau dont les textes sont d'une poésie que n'aurait pas renié le grand Leo Ferré voguant sur une musique aux influences méditerranéennes, tziganes et jazz. Les voix sont partagées entre Denis Péan et les deux sœurs El Mourid qui enflamment les compositions du groupe. Une véritable transe de papier.


X Ray Pop, groupe tourangeau à la géométrie variable au fil de plus de 30 ans de carrière, nous offre un live enregistré aux Rockomotives de Vendôme en 2020. Plus qu'un simple résumé de leur cheminement, le groupe y transcende ses influences diverses : les Stooges (splendide version de « I Wanna Be Your Dog »), le psychédélisme mélangé à la puissance de Magma, les rythmiques reggae subtilement sous-jacentes, les vocaux aux teintes acides et chaudes à la fois. L'alchimie, tout au long de ces 5 morceaux est un subtil mélange qui unit les générations pop, rock, psyché, punk, reggae, prog dans un tourbillon jouissif !




Soul :

Celeste est la plus belle surprise survenue à la soul blanche depuis Amy Winehouse : comme son aînée, sa voix délicatement râpeuse aux intonations à la fois classiques et r'n'b sert des compositions qui sonnent comme des classiques instantanés. Elle n'en fait jamais trop, servant au plus prés la mélodie.



Delgres confirme dans son deuxième album tout le bien que l'on pensait d'eux pour le premier. Le trio s'est resserré sur ses compositions en créole, qui servent au mieux son mélange blues, rock et musiques caribéennes. Et la présence du tuba en lieu et place de la basse demeure une réussite qui conserve à la rythmique toute sa souplesse.


Jon Batiste a connu une épiphanie avec la commande par Disney de la bande originale de la dernière production Pixar, « Soul ». Jusque là auteur d'albums instrumentaux sans aucun relief, la commande Disney semble lui avoir inspiré un retour à la soul New Orleans vocale. Sans égaler Dr John ou les Neville Brothers, Jon Batiste retrouve dans cet album le sens de ce délicieux mélange de jazz, soul, rhythm'n'blues et de gospel qui fait la richesse de la musique de rue du French Quarter.



Free Nationals est un délicieux groupe de funk que l'on retrouve régulièrement aux côtés de Anderson Paak (voire récemment en accompagnement du duo du rapper et de Bruno Mars). Leur souplesse musicale, leur groove naturel et festif en fait un héritier naturel des premières années de Kool And The Gang ou Earth, Wind And Fire, l'héritage et la désinvolture du rap en plus ! Une ballade instrumentale groovy !



Nubiyan Twist réinvente un cocktail soul, funk et psychédélique qui nous emmene dans une jungle touffue mais dansante où les ombres de Funkadelic, Sly Stone ou Parliament mêlés à l'héritage de Neneh Cherry ou Soul II Soul créent le creuset d'un son mélangeant 70’s et 2020’s. Un régal qui pulse.



Dumpstaphunk, groupe de la Nouvelle Orleans, est réputé pour sa section de cuivres capable de réveiller les morts. Ajoutez à cela un chanteur au gosier de feu, une rythmique implacable capable de tenir des heures et des invités tels Markus King qui vient dynamiter le premier morceau avec sa guitare bluesy. Torride !




World :


Ballake Sissoko, grand maître malien de la kora, cette harpe traditionnelle montée sur une calebasse, signe un nouvel album où il partage les plages avec des invités très divers : de la chanteuse Camille au chanteur de Feu! Chatterton (duo de 9 minutes malheureusement absent du vinyl), du violoncelliste Vincent Ségal sur une adaptation de Berlioz (ils avaient déjà signé ensemble deux superbes albums, « Chamber Music » et « Night Music ») à Sona Jobarteh, jeune femme virtuose de la kora pour un duo cristallin, cet album constitue une nouvelle étape pour le musicien qui, au fil de son voyage a travers le monde, multiplie les rencontres humaines et musicales. Sans y perdre son identité.



Nahawa Doumbia est, avec Oumou Sangaré et Rokia Traoré, l'une des grandes voix féminines maliennes. Comme elles, elle perpétue une tradition de la chanson sociale : les griots chantaient autrefois l'histoire du pays pour la transmettre aux générations suivantes. Un exercice réservé aux hommes, alors. Aujourd'hui Nahawa Doumbia et ses consoeurs ont pris cette tradition à bras le corps et en font l'outil du combat des femmes pour leur reconnaissance. La voix rauque et bluesy de Nahawa Doumbia décuple la force de ce cri, sur une instrumentation dépouillée. Superbe !


Denez Prigent a raccourci son nom d'artiste au seul « Denez ». Sur ce nouvel album, il invite quelques artistes à venir croiser leurs instruments ou leur voix à la sienne, héritière de la tradition bretonne des chants à répons. Si le marseillais Oxmo Puccino a du mal à se glisser dans ce rythme si particulier, d'autres brillent comme Yann Tiersen (sur deux morceaux) et le Kevrenn Alre. Ailleurs, Denez se drape de solitude et de délicats arrangements, loin des expérimentations électro d'il y a 20 ans, qui firent son succès. Qu'importe : le résultat est prenant, puissant dans son dépouillement !


Wasis Diop s'était fait rare. Le revoici qui nous enchante de sa belle voix qui oscille quelque part entre Bashung et Boubacar Traoré. Ici aussi, on écoute un conteur d'histoires nous mettre en scène l'Histoire à travers une galerie de personnages attachants. Accompagnement de guitare au rythme chaloupé, voici un album à la simplicité trompeuse tant elle cache de finesses et de subtilités qui réveillent l'oreille à chaque écoute.


Toutes ces sorties montrent bien le dynamisme des artistes, obligés de se concentrer sur la composition durant les longues périodes de confinement de ces deux dernières années et l’absence de concerts qu'ils ont subie. Et depuis un mois que j'ai commencé cette chronique, les sorties d'albums continuent d'affluer (Paul Weller, The Black Keys, Field Music, The Squid…) et font notre bonheur ! Alors à vos platines ! Keep spinning ! François Major Dude.


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