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LE VINYLE COULEUR : DU MARKETING ET DES PUNKS

Mis à jour : il y a 4 jours

Les vinyles de couleur envahissent aujourd'hui les vitrines et les rayons des magasins et par ricochet, nos platines et nos étagères. Il semble que cette profusion de jaune, de bleu, de vert, de splatter (effet éclaboussures) devienne presque un second marché du vinyle.

Avec ses amateurs qui en vantent le côté « collector » (mot fourre-tout qui ne signifie plus rien) et ses détracteurs qui fustigent sa mauvaise qualité et son côté tape-à-l'œil (en gros, le contenant est flashy, donc le contenu est mauvais). 

Comme dirait Fox Mulder, la vérité est ailleurs !


Mais cette mode actuelle ne date pas d'hier. Dans les années 20 déjà, des labels comme Vocalion éditaient des 78 tours en couleur. Leur objectif  ? Se démarquer du lot des rondelles rigides noires ! Le marketing de la couleur au service du disque, il y a un siècle  ! Et dès la fin des années 30, un autre label, Morrison Records, pressait des disques multicolores avec une technique encore artisanale qui faisait de chaque exemplaire un modèle unique. Ça, c'est du « collector ».


En 1949, le microsillon est lancé par RCA. Fabriqué en PVC, il résiste mieux à la saturation. Là encore,  le marketing va jouer de la couleur, mais cette fois-ci, sous forme de code : la firme américaine presse les disques dans différentes couleurs en fonction de leur style musical.

Les vinyles de musique Classique sont rouges, ceux de musique Classique populaire sont bleu foncé, la Country est associée au vert, les disques pour enfants sont jaunes, le Jazz, le Blues et le Rhythm'N'Blues héritent du rouge cerise, les disques internationaux (c'est-à-dire les productions extérieures aux USA) ont droit au bleu ciel et la musique populaire de variétés se voit octroyer le noir. Au fil des années, c'est cette dernière catégorie qui représente le plus gros contingent des ventes et finalement, le noir est adopté comme unique couleur au début des années 50.


Avance rapide jusqu'en 1977. Le marché du vinyle commence à plafonner. Les succès combinés de la K7 enregistrée et de la K7 vierge n'y sont pas étrangers. On vit les grandes heures de la copie pour les potes de lycée sur des cassettes BASF oranges ornées de pochettes « maison » fabriquées à coup de Letraset, de markers Onyxet de Stabylo fluo.

Et comme on assiste à un essoufflement des vieilles gloires du Rock et que la vague Punk entraînée par The Clash et Sex Pistols ne bénéficie pas toujours aux majors, celles-ci décident de réagir. No future ?


En France, c'est Pathé Marconi-EMI qui lance une collection « Disque en Couleur » d'une vingtaine de titres allant de Tino Rossi aux Beatles en passant par Stevie Wonder, Pink Floyd, Queen, Deep Purple, Jacques Higelin, Patti Smith…Un choix très hétéroclite !


Certains titres sont même déclinés en plusieurs couleurs,  allant jusqu'à 9 versions pour Sgt Pepper's Lonely Hearts Club Band. Bien évidemment, rien ne distinguait la couleur à l'extérieur de la pochette. J'ai été témoin du cri de victoire d'un collectionneur qui venait de compléter ses 9 versions en…. 2018, soit 40 ans de quête du Graal ! D'autres labels suivirent, mais timidement, alors que la collection couleur EMI trustait les vitrines des disquaires à l'époque.



La polémique sur la qualité des pressages couleur enfla dans des proportions exagérées, souvent entretenue par les labels qui ne se lançaient pas dans ce créneau. Si les pressages transparents ou seulement légèrement colorés sont en effet souvent moins fiables que les pressages noirs (du fait de leur faible densité en pâte colorante), les pressages aux couleurs soutenues sont de même qualité que les pressages noirs.


L'importance primordiale dans un pressage vinyle, c'est le mastering et le pressage (sans parler de l'enregistrement). Et à chaque étape de la fabrication, des professionnels attentifs à une qualité irréprochable.

C'est dans ce domaine que les pressages actuels, qu'ils soient noirs ou de couleur, souffrent souvent du fait que l'engouement pour le vinyle se double d'un manque d'infrastructures dédiées à sa production. Alors soyez vigilants en général, quelle que soit la couleur de la galette, et n'hésitez pas à consulter les avis des amateurs éclairés sur les forums dédiés, et à favoriser les usines de presses françaises comme M Com' Musique ou MPO.


On peut préférer la photo noir et blanc à la photo couleur, le cinéma noir et blanc au cinéma couleur et inversement. Il en va de même avec notre support préféré et la multiplication des pressages prouve la diversité et l'ancrage actuel de ce que certains qualifiaient d'effet de mode. 


Keep spinning ! François Major Dude

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